Hoministes, oui - masculinistes, non merci. Patrick Guillot


Parmi les excellentes raisons que nous avons de ne pas nous définir comme "masculinistes", la principale est que ce néologisme a été créé et est utilisé contre nous, pour nous discréditer, par nos adversaires, les idéologues misandres*. Dans leur esprit, il est tout simplement synonyme de "misogyne", et il est déjà connoté ainsi dans une large partie du public.

 

Cette connotation négative est d’autant plus facile à installer que le mot a une consonance rude, lourde, est relativement difficile à prononcer et désagréable à entendre.

 

Ainsi, pur produit de l’imagination morbide des misandres, le "masculinisme" n’est qu’un épouvantail diabolisant, une entité-repoussoir. A vrai dire, il n’existe pas : il n’existe ni programme masculiniste, ni théorie masculiniste, ni vision du monde masculiniste... 

 

En ce qui nous concerne, nous avons la prétention de créer nos propres repères, notre propre terminologie, et de leur donner un contenu. Pour nous, la parole des hommes en quête d’identité et de justice est donc l’hominisme, néologisme fondé sur le radical "homme", comme la parole des femmes en quête d’identité et de justice est le féminisme, mot déjà ancien fondé sur le radical "femme". Comment faire plus simple ? Pourquoi faire un détour par l’adjectif "masculin", dont la racine est différente ?

 

D’aucuns nous objectent parfois qu’ils y retrouvent surtout la racine latine homo, hominis, qui signifie "homme" au sens d’"humain" (et non par opposition à "femme"). Cette interpétation ne nous contrarie pas. Au contraire, elle rend bien compte de l’originalité de l’hominisme : un mouvement de défense des droits et de la dignité d’un genre, qui se positionne aussi et indissociablement en faveur des droits et de la dignité de l’autre genre, et non en concurrence ou opposition avec lui. Qui se réclame donc à la fois du masculin et de l’humain.

 

De plus c’est un mot léger, facile à prononcer et agréable à entendre. Même s’il amuse parfois, mais c’est un passage obligé pour tous les néologismes.

 

Quelques militants hommes ont cependant choisi de se présenter comme des "masculinistes". Nous ne leur en voulons pas, car pour la plupart ils sont sur la même ligne que nous : ce sont des hoministes qui s’ignorent. Mais nous estimons qu’ils sont dans l’erreur et font le jeu de l’adversaire. C’est pourquoi nous les appelons à reconsidérer leur position, et à se redéfinir en hoministes.

 

A ceux qui nous disent que le terme "hominisme" ne leur convient pas, qu’il a tel ou tel défaut et qu’il faut attendre d’en trouver un meilleur, nous disons : vous perdez un temps précieux car jamais vous ne trouverez plus simple, plus adéquat, plus efficace. Et en attendant, vous serez catalogués comme... "masculinistes".

 

Et à ceux qui refusent tous les néologismes, sous prétexte qu’ils ne rendent pas compte de la complexité de notre démarche, qu’ils nous enferment et nous dogmatisent, nous disons : aucun courant de pensée ne peut se dispenser d’un néologisme créé par lui-même, pour s’identifier et être correctement identifié par les autres ; vous vous privez d’une arme essentielle dans le combat des idées ; vous vous installez dans un flou où le public ne pourra vous distinguer. Et au final c’est l’adversaire qui vous enfermera, en vous cataloguant comme... "masculinistes".

 

Quant aux véritables misogynes, point n’est besoin d’un nouveau terme pour les désigner, celui qui existe convient très bien. D’autant qu’ils n’ont rien de nouveau : ce sont les représentants des ailes intégristes des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam). Ne laissons pas les misandres nous assimiler à eux, en nous englobant sous l’étiquette... "masculinistes". 

 

LAISSONS LE "MASCULINISME" AUX MISANDRES. L’AVENIR EST A L’HOMINISME.

 

Patrick Guillot, 2006 (maj 2010)

 

* La créatrice du terme semble être la radicale-féministe Michèle Le Doeuff dans L’étude et le rouet, vol.1, 15. Seuil, 1989. Elle y écrit : « Pour nommer ce particularisme, qui non seulement n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d’une affirmation (il n’y a qu’eux qui comptent et leur point de vue), j’ai forgé le terme de masculinisme.  »

 



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